Dangereuses Lectrices

Dangereuses Lectrices

Petit aperçu du festival de littérature féministe Dangereuses Lectrices, le samedi 28 septembre 2019 aux Ateliers du Vent à Rennes.

Lucie Inland

Extraits de conférences, retours du public en micro-trottoir et des entretiens avec des intervenantes et personnes travaillant sur les thématiques du festival féministe de littérature Dangereuses Lectrices, qui s'est tenu les 28 et 29 septembre 2019.

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Dangereuses Lectrices - épisode 02 : Taous Merakchi

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Le samedi 28 septembre 2019 j'ai rencontré l'autrice Taous Merakchi, également connue sous le pseudonyme de Jack Parker, à l'occasion de sa venue au festival de littérature féministe Dangereuses Lectrices, aux Ateliers du Vent à Rennes. Nous nous suivons depuis quelques années sur Twitter et je savais que viendrait une occasion de se poser ensemble et discuter. Je suis son travail depuis des années et elle fait partie de ces personnes qui m'ont poussé à m'exprimer publiquement, en particulier sur des sujets réputés « trop intimes ».

Nous avons évidemment parlé de la conception et de la publication très attendue de Witch Please, son grimoire de sorcellerie moderne illustré par Diglee, finalement paru le 30 octobre 2019 chez les éditions Pygmalion après plusieurs retards de fabrication. Cet ouvrage est la matérialisation en papier de la newsletter du même nom lancée en 2017. Son blog Passion Menstrues a déjà eu le même destin, sous le nom de Le grand mystère des règles publié chez Flammarion le 17 mai 2017. Je lui ai fais remarquer que ses projets connaissent enfin une belle progression ces dernières années : « ces carrières sont des investissements à long terme ».

Elle m'a confié s'être sentie très à l'aise au sein du festival, même après avoir un peu galéré à parler en public lors de sa table ronde avec Diglee et Camille Ducellier « Être une sorcière aujourd'hui c'est quoi ? », et ne pas regretté d'avoir accepté une invitation aussi longtemps en avance. Je fais allusion à la dernière création de la chorégraphe Gisèle Vienne Der Teich, initialement prévue pour la rentrée du TNB mais reportée en 2020 suite au décès brutal d'une des deux interprètes, Kerstin Daley, ainsi qu'à la trilogie de films (et la série) Evil Dead de Sam Raimi dans laquelle il est question d'un livre de sortilèges, le légendaire Necronomicon, qu'il ne faut surtout pas lire à haute voix.

J'ai posé la question qui me tenait à cœur en tant que personne qui travaille aussi sous pseudonyme : comment a-t-elle géré le passage de Jack Parker à Taous Merakchi dans son travail et sa vie ? Elle qui a longtemps eu honte de ses origines algériennes, visibles dans son nom civil, en est maintenant fière et veut montrer qu'il peut avoir « des Taous et des Lucie dans ce métier ».

Puisque c'était le thème du festival je l'ai questionné sur ce que révèle l'effet de mode autour de la sorcellerie de nos jours en France : une forte influence américaine, le besoin de reprendre le contrôle face à un monde pourri, et malgré une certaine méfiance l'attrait grandissant pour une spiritualité libre – mais avec des implications sérieuses, qu'il faut donc pratiquer en pleine conscience. Comme dit sa formidable mère « c'est l'empathie qui sauvera le monde ».

J'ai aussi abordé l'épineuse question du choix d'écrire sur Patreon plutôt que sur des blogs en libre accès, et globalement de l'argent quand on fait le choix de vivre comme autrice avec la précarité et les incompréhensions administratives que ça implique. Un choix que Taous Merakchi est très heureuse d'avoir fait malgré tout.

Nous avons aussi parlé de dépression, de l'importance d'une bonne thérapie et d'un bon traitement pour guérir, de sa relation avec son père décédé qu'elle a analysé dans son podcast Mortel, du tabou autour de la décision de rompre avec un parent toxique pour sa propre survie (une discussion d'autant plus plus précieuse qu'elle a annoncé fin octobre être enceinte), de l'importance de la médecine moderne qui se mêle très bien à la sorcellerie selon nos besoins, qu'on a de la chance de pouvoir profiter de tous ces outils et savoirs pour améliorer notre vie et notre santé, sans tomber dans des peurs démesurées (un article au sujet des personnes se disant être allergiques aux ondes).

Merci à Studio Dilettante et en particulier Fanny Ozeray de m'avoir accompagné sur ce projet ainsi que Hadrien Bibard. Vous pouvez me retrouver sur Twitter ainsi que sur Instagram et me soutenir sur Tipeee, et Studio Dilettante sur Twitter et Tipeee pour le coup de pouce financier.

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Dangereuses Lectrices - épisode 01 : conférences & micro-trottoirs

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Petit aperçu du festival de littérature féministe Dangereuses Lectrices, le samedi 28 septembre 2019 aux Ateliers du Vent à Rennes, avec des extraits de conférences et quelques retours du public recueillis en micro-trottoirs.

La première conférence est celle de Laura Nsafou, autrice et militante afroféministe aussi connue sous le nom de Mrs Roots, qui a notamment publié la bande dessinée Comme un million de papillons noirs avec l'illustratrice Barbara Brun aux éditions Cambourakis le 5 septembre 2018. « Soucougnan, Sukunabe, Deum : transversalité de la figure de la sorcière dans la diaspora africaine » a réuni beaucoup de monde mais n'est pas présente dans ce podcast, afin de respecter le « contrat d'écoute » instauré, héritage de la tradition orale africaine originelle (Marie l'explique très bien dans son excellent article, très complet, sur son blog La Lune Mauve). Vous pouvez entendre deux réponses aux questions du public abordant la parole des personnes concernées « peu connue », le regard colonialiste sur les pratiques rituelles africaines et afro-descendantes comme le vaudou, hélas encore souvent réduite à de la magie nocive.

La seconde conférence fut la table ronde « Être une sorcière aujourd'hui , c'est quoi ? » avec l'illustratrice Diglee, l'autrice Taous Merakchi (que vous pourrez entendre dans le deuxième épisode de cette série de podcasts) et l'artiste Camille Ducellier, animée par Justine Caurant. Dans cet extrait Camille Ducellier, « sorcière queer », rappelle la nécessité de repolitiser cette pratique. Elle a publié aux éditions Cambourakis le 2 mai 2018 un Guide pratique du féminisme divinatoire.

Vous pouvez entendre l'introduction de la conférence de l'enseignante et chercheuse Fanny Bugnon « Des femmes et des balais : les sorcières dans l'histoire, des procès au symbole féministe », puis en réponse au public la question de la répartition genrée des accusations et procès en sorcellerie, dans « une société globalement misogyne » mais « sans être non plus un féminicide », qui jugeait différemment les femmes et les hommes pour ce même crime. Pour en apprendre davantage ce sera dans le troisième épisode de cette série de podcasts.

Merci à Studio Dilettante et en particulier Fanny Ozeray de m'avoir accompagné sur ce projet et réalisé les micro-trottoirs, ainsi que Hadrien Bibard. Vous pouvez me retrouver sur Twitter ainsi que sur Instagram et me soutenir sur Tipeee, et Studio Dilettante sur Twitter et Tipeee pour le coup de pouce financier.